Les grands défis de l’agriculture aujourd’hui

champ_eolienne2.jpgAlors que la Politique agricole commune européenne étaitdepuis des années basée sur des hypothèses de surplus agricoles, la montée des prix et une prise de conscience de la rareté des ressources auront changé radicalement les perspectives. L’année 2007 a vu un basculement spectaculaire du surplus à la pénurie. Les dégâts occasionnés par le dérèglement climatique, l’augmentation de la consommation de céréales dans des pays émergents, et la concurrence attendue des « bio » carburants seraient à l’origine de cet emballement. Les conséquences de ce basculement ont autant des aspects stimulants que des revers inquiétants.
D’une part cela peut revaloriser le métier d’agriculteur et le capital terrien, et promouvoir de nouvelles pistes de diversification des produits agricoles. D’autre part cela risque d’exacerber la concurrence pour l’appropriation des terres et des moyens de production, ce qui, sans régulation forte, pourrait stimuler les spéculations rentables à court terme et exclure d’autres modes de production demandant plus de précaution et de temps pour atteindre leur optimum.

D’où le défi de la durabilité, car on bute sur les limites de l’utilisation intensive des sols et de l’eau. Selon l’Agence européenne de l’environnement, la qualité des sols de l’UE. se détériore gravement et notre dépendance aux pesticides nous empêche de les restaurer. Paradoxalement l’agriculture et l’élevage deviennent des secteurs émetteurs de gaz à effets de serre : la production de viande émet du méthane et contribue à la déforestation pour produire du soja pour nourrir le bétail, les aliments viennent de plus en plus loin, contribuant aux émissions de CO2.

A cela vient s’ajouter le défi de la santé : trop de viande, trop de graisses et de résidus de pesticides contribuent à l’augmentation de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et des cancers, alors qu’accorder la préférence aux légumes et fruits de saison, aux aliments frais et peu transformés, au « bio » peut éviter ces atteintes à la santé..
Le dernier défi est celui de la relève de génération et de la valorisation du rôle social des agriculteurs. Cette tranche de population s’est réduite à une peau de chagrin (3% de la population active) et parallèlement la taille des exploitations a augmenté, certaines entreprises travaillant dans un rayon de 50 km. Ceci va de pair avec un effacement de l’image positive de l’agriculture dans la société, et une augmentation de l’incompréhension et des conflits de voisinage.

Les poupées russes du contexte actuel : carcan et opportunités

Au niveau mondial, si la libéralisation orchestrée par l’OMC est censée apporter le développement à tous, la compétition écrase aussi les plus faibles et les pays à ressources fragiles. La revendication de la souveraineté alimentaire – donc de garder la gestion de l’offre des produits agricoles ainsi qu’un régime d’aide au paysans, bien qu’omniprésente, est encore bien faible face au rouleau compresseur de la course à la compétitivité.

La PAC va être complètement revue dans la décennie à venir. On peut craindre que les « mesures agro-environnementales » mises en œuvre telles que les mises en jachère subventionnées, voient leurs jours comptés si les prix agricoles confirment leur hausse.

Au niveau fédéral belge subsiste la compétence de la sécurité alimentaire : l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire (AFSCA) impose des normes d’hygiène et de traçabilité. Si ces objectifs sont louables, la question posée aujourd’hui est de les mener de front avec le maintien de la production artisanale et de circuits de transformation et de vente de proximité.

La Région wallonne n’a pour sa part pas développé une politique vraiment volontariste ni régulatrice pour orienter les choix de production. Elle précise les modalités et contribue pour 50 % à l’octroi des aides européennes, tâche dont on peut mettre en question l’équité lorsque l’on sait que la moitié des aides allouées en 2004 est concentrée dans les mains de 17 % des agriculteurs.

D’autre part, si en 2004 seul 2,7% de la superficie agricole wallonne étaient consacrés à l’agriculture biologique, l’objectif fixé par le Gouvernement wallon dans le Contrat d’Avenir pour la Wallonie (CAWA) d’atteindre 10 % d’ici 2010 paraît hors de portée. On est loin de répondre à la demande puisque 80 % des produits bio consommés en Belgique sont importés.

Si la préoccupation environnementale est bien présente chez les agriculteurs, c’est plus par le biais des contraintes imposées par le Code de l’Environnement, les règlements sur les pesticides et la Directive Nitrates, que comme une opportunité pour valoriser de nouveaux produits et services.

L’agriculture en Brabant Wallon : spécificités !

|L’agriculture en BW en chiffres||
|Exploitations agricoles|1264 (7,6 % des exploitations wallonnes)|
|Travailleur à plein temps|2107 (dont 84% en famille)|
|Superficie agricole utilisée |63.091 has (58% de la province) dont 31 % en propriété et 69 % en location|
|Superficie moyenne des exploitations|50 has (38 has en 1995)|
|Superficie moyenne wallonne et flamande|44 has et 19 has|
|Baisse du nombre d’exploitations |-37 % de 1992 à 2006|
|Diminution de la superficie agricole utilisée|-5 % de 1995 à 2006|

Si l’agriculture en BW a toujours été productive grâce à la fertilité des sols limoneux, la richesse du sol a amené les exploitants à l’exploiter au point d’arriver aux limites de l’éco-système. Les indicateurs environnementaux les plus alarmants sont les nitrates dans les eaux souterraines et la perte d’humus dans le sol.

Les forêts du BW couvrent 11.000 has contre 63.091 has de terre agricoles, donc l’essentiel du patrimoine rural en Brabant wallon est composé de terres agricoles. Si celles-ci sont cultivées intensivement, il ne reste pas beaucoup de refuges pour la faune sauvage. Les paysages agricoles, ainsi que ses belles fermes, sont aussi un patrimoine à préserver, facteur d’attractivité de la province, , traces de l’Histoire et marqueurs d’identité.

Du côté des consommateurs, on peut parler d’une population relativement aisée qui, de ce fait, recherche un cadre de vie harmonieux, plus vert et calme que les villes. On peut apprécier le succès des marchés et des ventes à la ferme des « paniers bio » qui se développent ça et là. Un autre signe de l’intérêt du public pour la production agricole est le succès des journées « fermes ouvertes » et des fermes pédagogiques. Ceci laisse présager une diversification des débouchés pour répondre à l’engouement pour les circuits courts, les produits bio et du terroir.

Mais si l’on change le statut de consommateur en celui de voisin, l’engouement peut vite retomber. En effet, les conflits de voisinage sont fréquents, malgré l’importance du rôle social que peut jouer l’ agriculteur à travers maints services formels et informels, disposant de moyens exceptionnel en équipement et en espace.

Problème foncier : Le BW étant une province très peuplée et proche de la capitale, certaines terres cultivées se trouvent en concurrence avec l’urbanisation. Sur le plan de secteur, la zone agricole est en fait considérée comme sans enjeu, sans rapport, et donc la zone réserve, sur laquelle on ne mise pas, sauf si une modification du plan est en vue. Il n’y a donc aucune conception « patrimoniale » qui assurerait le maintien d’une valeur qualitative intrinsèque à ces espaces.

D’autre part en raison du prix élevé des terres, il est très difficile pour un jeune agriculteur qui voudrait se lancer dans son métier d’avoir accès à la location ou à la propriété. C’est sans doute une des raisons du faible développement du « bio ». Cette méthode est plus volontiers adoptée par des nouveaux que par des anciens du métier.

Perspectives : les choix à encourager en BW !

Si on veut tenir compte des constats faits plus haut, il faut, en Brabant wallon, se centrer sur :

-*la préservation des zones agricoles contre la spéculation et l’urbanisation,
-*la restauration des sols et des eaux souterraines
-*la possibilité d’accès à la terre et à la profession pour les jeunes
-*le soutien au bio, aux produits du terroir, à la vente à la ferme et aux circuits courts
-*l’intégration sociale et la valorisation des services de l’agriculteur à la communauté
-*le soutien aux consommateurs, privés et publics, qui choisissent les achats de proximité et les produits bio.

Quelles propositions politiques peuvent être faites par Ecolo BW, qui puissent aller plus loin que de s’opposer aux projets de porcherie ou autres spéculations peu « durables » ?
Quel rôle peut jouer la Province dans le soutien à des choix « durables » des producteurs et des consommateurs ?

C’est, entre autres, l’objet des discussions qui animeront le groupe de travail « agri-alimentation » mis en oeuvre actuellement en BW !

Si vous êtes intéressé(e) par la participation à ce groupe, n’hésitez pas à me contacter à [->therese.snoy@ecolo.be]

Thérèse Snoy

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PS. Pour poursuivre la réflexion, c’est par ici.

Photo (cc) François DELBAR

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