La politique wallonne d’aménagement du territoire prend des formes de plus en plus désagréables à l’œil. Alors que la rentrée est à peine consommée, les « gommettes rouges » sanctionnant un mauvais comportement devraient déjà couvrir le journal de classe de l’élève Antoine. En effet, le Ministre de l’aménagement du territoire… pardon, du développement territorial, ne cesse de faire des siennes sur de nombreux dossiers.

air_fields_200x175.jpg Les manœuvres politiques douteuses sont en effet pléthoriques : Omniprésent dans les médias, on ne compte plus les instrumentalisations de l’information, les sorties intempestives, les contre-vérités et autres diversions qui s’y étalent…

Après le dossier Fedex et le fameux DAR, la dernière gommette rouge en date – et nom des moindres – concerne la future création de la Société de Développement de l’Est, destinée selon lui à favoriser le développement de l’Est du BW. En y regardant de plus près, la SDE constitue un substitut de structures déjà existantes (l’IBW et Nivelinvest), mais dont les décisions émaneraient d’un simple comité de pilotage politique. Il se murmure qu’en réalité, il s’agirait pour André Antoine d’une manière de gérer le Brabant wallon depuis Namur, tout simplement.

Peu emballés par l’affaire, les représentants du BW d’ECOLO, du MR et du PS ont appris par la presse qu’ils donnaient leur soutien à la proposition d’Antoine ! Mieux, ils ont également pris connaissance de leur participation au comité de pilotage en lisant leur journal. Deux gommettes bien écarlates pour M. Antoine…

L’autre dossier chaud du moment, qui concerne la Région wallonne dans son ensemble est celui des ZAE, ces zonings qui risquent à l’avenir de pousser sans contrôle sur le sol wallon.

Tout d’abord, un petit rappel pas nécessairement inutile au vu de la nature de la matière traitée, relativement indigeste sans cette étape : parmi les différents outils publics au service du développement économique, un des plus importants est la mise à disposition des entreprises de surfaces viabilisées par le soin des intercommunales de développement économique (ICDE). On l’appelle communément politique des «zonings», rebaptisée récemment politique des «zones d’activités économiques» (ZAE).

Depuis les années 70, la demande de ZAE va croissante. Jusque 2002, il n’y avait aucune d’objectivation des besoins. Le Gouvernement wallon Arc-en-Ciel a décidé de lancer, en accord avec ECOLO, une procédure de « plan prioritaire des zones d’activités économiques », destinée à évaluer les besoins en parallèle avec la localisation et l’accessibilité (pour éviter autant que faire se peut le tout à la route). Sur base de ce plan, c’est plus de 1000 ha qui ont été décidés en 2004.

Constatant que l’offre de terrains disponibles à l’horizon 2024 est, selon les endroits, insuffisante pour faire face à la demande, le Gouvernement wallon actuel a décidé de répondre à la demande des ICDE en décidant d’«plan prioritaire bis» lancé en mai 2007. En BW, les extensions des ZAE imaginées par ce plan concernent 3 zones : Braine-l’Alleud, Ottignies-LLN et Perwez.

Sans surprise, la présentation du nouveau plan par le Ministre a été faite dans le plus pur style « Antoinien » : une annonce à la presse avant la présentation au Parlement, qui l’avait pourtant sollicité en ce sens… Il suivit la même logique lors de la présentation de l’extension du zoning de Perwez, en choisissant de présenter son nouveau bébé à la presse avant même une première présentation au Conseil communal. Encore une gommette.

Dans ce plan, le Gouvernement actuel décide de mettre sur l’ensemble du territoire wallon plus de 2500 ha à disposition des entreprises pour répondre à la demande évaluée sur les 15 années à venir. 2500 ha ? Pourtant, le «plan prioritaire bis» a été lancé au terme d’une objectivation de besoins confiée à la CPDT (Conférence Permanente du Développement Territorial). Celle-ci a mis en évidence que pour offrir une disponibilité à 17 ans dans toutes les sous-régions wallonnes, un maximum de 1300 ha devraient être dégagés !

Non seulement la surface accordée est supérieure aux besoins estimés mais en plus les localisations ne sont pas choisies en fonction de critères objectifs. Un seul exemple: l’extension du zoning de Perwez est justifiée par le fait que la commune bien qu’à l’Est du Bw peut être considérée du centre car la E411 l’en rapproche.

Le ministre Antoine semble considérer le territoire wallon comme une ressource uniforme à vendre et ne se soucie guère de sa nature (agricole par exemple) ou de sa localisation. Depuis 2004, il n’a eu cesse de modifier les règles d’aménagement du territoire pour favoriser la vente du territoire et son urbanisation sans se soucier des localisations les plus adéquates.

Face à de telles décisions prises en dépit du bon sens, une réflexion approfondie sur le développement spatial d’une part et l’urbanisation, d’autre part est cependant nécessaire. En effet, l’activité économique engendre des problématiques importantes en matière de mobilité, de précarisation des noyaux d’habitat, et de gestion parcimonieuse des sols. Cette préoccupation de gestion parcimonieuse est loin d’être rencontrée en pratique : 71 % des terrains vendus aux entreprises sont réellement occupés, ce qui signifie que les 29 % restants sont en rade… Dans le même sens, on estime à 1500 ha la superficie de zones industrielles qu’il serait possible de reconvertir et de revaloriser, sans donc occuper de nouveaux espaces.

S nous sommes bien entendu favorables au développement économique, nous pensons qu’il est aussi indispensable d’économiser le sol, de réhabiliter les chancres et les sites d’activités économiques désaffectés, de densifier les zonings (en construisant des bâtiments à étages, des bâtiments mitoyens, en limitant les espaces non utilisés autour des entreprises,…), de répondre aux besoins réels en tenant compte des études scientifiques réalisées, de définir les localisations de manière judicieuse (en fonction de la mobilité et de l’accessibilité notamment) et de favoriser l’implantation des activités économiques compatibles avec l’habitat (commerces, bureaux, etc…) dans les noyaux d’habitat, hors des ZAE.

Sous prétexte que la « seule richesse des wallons, c’est leur sol », doit-on – à l’heure du réchauffement climatique, du prix galopant du pétrole et de la question de l’indépendance alimentaire posée par la disparition des terres agricoles- pour autant le brader ?

La rentrée politique aurait pu être calme et constructive, en Brabant wallon comme ailleurs en Région wallonne… C’était sans compter sur les soubresauts d’une politique de « développement territorial » entourée de flou et d’insécurité juridique. C’était sans compter non plus sur les manœuvres d’un ministre collectionnant les mauvais points, voulant avoir la casquette sur les projets dans l’Est du Brabant wallon et souhaitant accrocher une fleur de plus à son chapeau.

Gageons que les toutes prochaines élections régionales apportent un nouveau souffle sur le Gouvernement wallon et que la rentrée 2009 soit l’occasion d’y renouer avec les gommettes… Vertes bien évidemment…

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